samedi 21 novembre 2009

Le trou des aiguilles

El Pimpi peut se vêtir d'or. Autrefois, prince des arènes, il a gardé de son fabuleux passé, cette prébende. Désormais, à l'instar des autres picadors, El Pimpi ( surnom dynastique octroyé par une lointaine parente bègue), est souvent le mal-aimé du public.
Est-ce par méconnaissance de la complexité de ce métier ? Par anthropomorphisme à l'égard du taureau? Ou, parce que dans une bonne histoire, il faut un méchant ( l'homme-cheval ) qui mette en relief les qualités du héros ( l'homme à pied, à savoir le matador )?
Parole d'évangile : El Pimpi, comme ses confères centaures, passe une bonne partie de sa vie à la recherche du trou des aiguilles ( ainsi nomme t-on l'espace réduit du morillo, la boule de muscles où il faut entrer la pointe à trois faces).
Comme dans un magasin breton dont l'enseigne serait " A la crêpe des surréalistes", l'étalage du Pimpi propose une jambe de fer, un chapeau de castor, une ceinture de trois mètres, un cheval sans yeux et sans oreilles, une croix rouge, une lance de tournoi en frêne, un troussequin et son inséparable pommeau, un pantalon chameau et trois machos sur la veste.
Le courage est à revendre...


vendredi 20 novembre 2009

Rien de nouveau sous le soleil

C'est un petit livre, un extrait de "Jours d'exil" que l'éditeur ( l'Herne) a publié, il y a deux ans sous le titre De la corrida.L'auteur, Ernest Coeurderoy, anarchiste ( ça ne s'invente pas...) , condamné par contumace à la déportation après les journées de barricade de mai 1849, qui évoque les courses de taureaux en Espagne. C'est là que Coeurderoy choisit, un temps, de vivre. Rien de nouveau sous le soleil. Les remarques ou analyses de l'auteur sont parfois ambivalentes mais relèvent d'un témoignage précieux sur les sentiments qu'éprouvait un étranger dans ces lieux exotiques. Quelques phrases :" Il n'y a plus guère que les castillans de vieille roche qui se passionnent pour la lutte, la jugent bien, la suivent d'un bout à l'autre avec une attention scrupuleuse et se montrent inexorables pour les fautes commises. Mais les vieilles générations meurent et ne sont plus remplacés ( sic) par leurs pareilles; elles emportent leur vieux divertissements dans leurs tombes muettes."

jeudi 19 novembre 2009

Ole!

Jusqu'à présent on devait choisir. Parfois on trouvait une solution bâtarde. Cette fois, le 23 Mai 2010, dimanche de Pentecôte, la réponse à la question, Vic ou Nîmes, nous est portée comme un plat chaud. Il ne reste plus qu' à s' asseoir et à déguster: Jose Tomas torée à Bilbao le 23 Mai.
Le grand matador a lui aussi tranché la question : comment toréer en ne baissant pas ses honoraires ?
Il avait toujours refusé de se plier à des sommes dites plus raisonnables.
Et bien, il offrira les 300 000 euros de son après-midi à la Casa de Misericordia de Bilbao...

mercredi 18 novembre 2009

D'automne, le temps

Ils s'étaient agroupés au loin, et comme si un signal secret lui en donnait l'ordre la meute, jusqu'alors tapie à l'horizon, bondit en quelques secondes pour embrumer la montagne.L'humidité des nuages, leur masque laiteux, l'air pur au parfum de tourbe plongeaient toute chose dans un paysage mystérieux à la Bronte. N'était-ce l'altitude, tout racontait un paysage anglais.
Dans l'espace des quelques mètres que concédait volontiers un ciel tombé bien bas, on distinguait des formes massives, couleur chocolat: Les gros chevaux à viande s'étaient allongés.De l'habitude de voir dormir debout la race équine dans les stalles des écuries, on en oublie qu' elle aime parfois s'abandonner sur la prairie humide.
Un léger tintement de sonnailles avertissait que les blondes vaquaient à leur coutumière occupation: manger tout ce qui ressemble à de l'herbe. Et de l'herbe, il n'en restait que de maigres fétus.Futées, les vaches, agiles comme des équilibristes, broutaient des genévriers et des épinettes dans un accord musical tout d'unanimité.
Il n'y avait qu'un pas à franchir pour imaginer quelques 1000 kilomètres plus loin, leurs soeurs ensauvagées aux robes ténébreuses.
Ce pas je le franchis.
La brume tituba, agonisa doucement et une franche lumière dorée réveilla le plateau endormi.

mardi 17 novembre 2009

Aimez-vous la corrida?

C'est du haut du cimetière de Ciboure-Socoa qu'on a la plus jolie vue sur la baie de Sait-Jean de Luz . Les cimetière donnent à lire ( " Bon voyage" est-il écrit sur une tombe ) et, en place d'être les lieux de la fin, ils bruissent souvent, dans un silence tranquille, d' histoires qu'on aimerait raconter. Bref, des incipit plutôt que des excipit.
En haut de ce cimetière, sous un granit rose, dort Pierre Benoit. Comme je m'approchai pour y trouver quelque phrase qui pourrait me plaire, un vieil homme m'aborda Et me confia qu'apprenti charpentier il avait travaillé à l'édification de la villa Allegria et avait connu Pierre Benoit. Puis, évocation de la guerre d'Algérie, des campagnes de pêche au large de Dakar, de la politique etc.. De tout ce qu'il me racontait, je ne pensais pas qu'il y avait matière à conter quelque chose, Je hochai la tête de temps en temps et, au bout d'un quart d'heure, après quelques essais infructueux auprès de mon volubile interlocuteur pour le déstabiliser ( genre: êtes-vous pour l'anarchie ?) je lui posai la question qui le laissa muet:
Aimez-vous la corrida?

dimanche 15 novembre 2009

Shikyoku Ichiban

Alors que vous avez préparé un énorme pot-au-feu aux trois viandes et aux quatre légumes, vous ne désirez retrouver que l'infime: la moelle brûlante, un tour de poivre, deux tours de gros sel, que vous étalez délicatement sur une tartine grillée. A déguster lentement, en silence,pour en sentir la texture tendre presque baveuse, grainée cependant.
Dans le grand pot-au-feu de la musique, Shikyoku Ichiban, poèmes japonais, composé en 1969 par Teizo Matsumura pour koto ( sorte de harpe horizontale à 13 cordes) et shakuhachi ( flûte de bambous à six notes), en est la moelle: quelque chose d'infime, de délicat et d'une saveur incomparable.
Avec quelques silences qui font qu'on entend presque chaque note.
On ressent avec cette musique de la respiration et du temps perdu ce qu'évoque aussi la guitare flamenca.
Dans les années 30 au Japon, le flamenco connut ses premières lettres de noblesse. Depuis, il existe plus d'une centaine de "peñas" au pays du Soleil Levant. Deux silences ,au milieu de la soupe bruyante qu'on nous sert, se sont ainsi rencontrés.
La moelle est composée de cellules souches.

vendredi 13 novembre 2009

ET OU

Il y a un bon vieux roman d'Agatha Christie dont le titre est N ou M. En France, comme lettres on aimait le Et Ou de Beaumarchais. En ce moment fleurissent les Ou ou. Ainsi préférez-vous un vaccin contre la grippe, ou sans adjuvant squalène ou avec l'adjuvant squalène ? Et de toutes façons, vous n'aurez pas le choix. Et on vous dira le nombre de piques quand "ils" sauront: ou une injection ou deux injections.
A Nîmes, pour proposer le plateau de la prochaine feria de toros, ce sera ou Casas ou Meca tandis que le maire de Nîmes Jean-Paul Fournier qui est condamné pour prise illégale d'intérêts, fera appel et sera blanchi pour l'affaire du diamant noir ou sera inéligible pour cinq ans.
De l'autre côté de l' Atlantique, le ou ou est problématique. Le "procès" de Battisti qui avait lieu hier, reporté une fois de plus par le tribunal Suprême, achoppe sur les ou et .
Ou Cesare Battisti est un réfugié politique ( statut accordé par l'ex ministre de la justice) et il ne peut être extradé.
Ou les Juges savent juger, ont tout compris au droit, à leur propre juridiction , aux conventions de l'Onu et on devrait avoir un résultat ou 8 pour l'extradition ou 8 pour le maintien du statut actuel.
Mais hier on avait un 4/4.
Cela met une ombre sur l'impartiabilité même du tribunal ou de tout tribunal de ce type. Si ceux qui votent oui peuvent avoir raison et ceux qui votent non aussi, qu'en est-il alors de la légitimité des jugements de cour?